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	<title>interrogation &#8211; Questions et Concepts d’Avenir</title>
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	<title>interrogation &#8211; Questions et Concepts d’Avenir</title>
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		<title>Vernissage de l&#8217;exposition &#8220;La Voix de l&#8217;indicible&#8221; de F. Dhifallah</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mansour Mhenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Feb 2024 06:51:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoires]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;espace culturel Aykart a l&#8217;honneur de vous inviter au vernissage de l&#8217;exposition personnelle intitulée &#8220;La Voix de l&#8217;indicible&#8221;, de l&#8217;artiste peintre Faouzia Dhifallah, et ce le jeudi 29 février 2024 à 16h (1 rue Mikhail Noiama). Il est à préciser que Faouzia Dhifallah est enseignante-chercheuse en philosophie, mais aussi poétesse, journaliste et artiste peintre. Son [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;espace culturel Aykart a l&#8217;honneur de vous inviter au vernissage de l&#8217;exposition personnelle intitulée &#8220;La Voix de l&#8217;indicible&#8221;, de l&#8217;artiste peintre Faouzia Dhifallah, et ce le jeudi 29 février 2024 à 16h (1 rue Mikhail Noiama).</p>
<p>Il est à préciser que Faouzia Dhifallah est enseignante-chercheuse en philosophie, mais aussi poétesse, journaliste et artiste peintre. Son expérience nous interroge profondément.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-5749" src="https://voixdavenir.com/ibylensu/2024/02/expo-Dhifallah.jpg" alt="" width="720" height="1018" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Chronique : Se repenser d’abord…   Par Mansour M’henni</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mansour Mhenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Dec 2023 10:44:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Associations]]></category>
		<category><![CDATA[Histoires]]></category>
		<category><![CDATA[Pensées]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="wp-image-4982 alignleft" src="https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-800x600.jpg" alt="" width="123" height="92" srcset="https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-800x600.jpg 800w, https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-1160x870.jpg 1160w, https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-320x240.jpg 320w, https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-1536x1152.jpg 1536w, https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-2048x1536.jpg 2048w, https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-750x563.jpg 750w, https://voixdavenir.com/ibylensu/2022/10/Portrait-M.-Mhenni-006-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 123px) 100vw, 123px" />Dans ma précédente chronique « Repenser la Cité », j’écrivais que nous sommes aujourd’hui tentés, secoués même, par l’interrogation du concept de la Cité et des implications de cette interrogation dans notre façon de repenser notre avenir.</p>
<p>Or un ami et fidèle lecteur m’a fait la remarque que cette question en entraîne une autre, celle posée une fois par Roland Barthes pour un autre sujet : « Par où commencer ? » Je prendrais volontiers cette question dans le sens de « Par qui commencer ? » En effet, j’écrivais aussi que « la responsabilité est essentiellement humaine », et à mon sens, l’humanité commence par l’individu.</p>
<p>C’est donc l’individu d’abord qui doit prendre conscience de sa responsabilité ponctuelle dans la conduite de la destinée collective, aussi minime que paraisse cette responsabilité parce qu’en tant que telle, elle n’en est pas moins déterminante. Un individu conscient et responsable est celui-là qui s’implique dans un rapport d’interaction avec d’autres individus pour évoluer avec eux dans un mode conversationnel, en sachant faire la part des choses et des priorités et en acceptant de relativiser ses propres vérités pour tenir compte des autres considérations auxquelles il peut ne pas être sensible par un quelconque obstacle naturel, psychique ou culturel. C’est pourquoi je disais voir, dans l’idée de « repenser la Cité », d’abord « une révision de soi ».</p>
<p>En effet, le fait d’accepter de se remettre en question n’est pas une preuve de faiblesse ou de manque d’esprit d’entreprise, comme on a tendance à le croire ! C’est au contraire, dans la conviction même de faire ce qu’il faut à l’instant où cela doit se faire, garder une marge de doute, celui-ci étant conçu comme « le point de départ d’une recherche incessante et non l’aboutissement d’une affirmation absolue, perçue comme la Vérité ». Un doute d’humilité ! Un peu comme de parler d’une humilité scientifique. Ce capital méthodique est aussi une valeur éthique puisqu’il suppose le respect d’autrui et la relativisation des choses.</p>
<p>Fort de cet acquis, l’individu peut être constructif dans la société où qu’il ait à agir : dans la famille, à l’école, dans la vie professionnelle, ou dans la vie de tous les jours en milieu social. Son comportement devient petit à petit une invitation implicite à ses semblables pour qu’ils se dotent de cette qualité qui, redisons-le, ne saurait constituer un obstacle à l’action, mais plutôt une hospitalité à l’interrogation constructive et à la révision réformiste et méliorative. Car, nous savons certes que nos sens peuvent nous tromper ; mais il ne faudrait pas exclure le fait que notre raison aussi peut nous tromper. À preuve les théories scientifiques les plus tonnantes à un moment de l’histoire de l’humanité ont pu être remises en question et dépassées par d’autres vérités, nouvelles et toujours provisoires. Oui, « la raison ne permet pas d’établir des vérités absolues », mais elle n’arrête ni l’action ni le progrès.</p>
<p>Tel nous paraît être le point de départ d’une nouvelle pensée de la Cité, à partir d’une nouvelle pensée de l’individu. Nouvelle ! Que dis-je ? J’entends déjà comme une voix socratique ! Pourquoi pas ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><em>(Publié aussi sur jawharafm.net) </em></p>
<p style="text-align: right;">L’image d’illustration est empruntée à l’article « Se repenser » d’Ann Porcheret-Amara sur Linkedin</p>
<p><em>  </em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Chronique : Le Tunisien devant le choix de son destin. Par Mansour M’henni</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mansour Mhenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Jun 2022 14:41:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[constitution]]></category>
		<category><![CDATA[crédibilité]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[exception]]></category>
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					<description><![CDATA[Nous approchons, très vite et dans une tension peu apaisée, de l’échéance du 25 juillet 2022, celle de voter le référendum concernant le nouveau texte de la constitution. Certains parlent du recul de cette échéance, pendant que d’autres vantent la nouvelle constitution de la troisième République. Plus le temps avance et plus je pense à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-full wp-image-2770 alignleft" src="https://voixdavenir.com/ibylensu/2020/10/mansour-mhenni.jpg" alt="" width="136" height="185" />Nous approchons, très vite et dans une tension peu apaisée, de l’échéance du 25 juillet 2022, celle de voter le référendum concernant le nouveau texte de la constitution. Certains parlent du recul de cette échéance, pendant que d’autres vantent la nouvelle constitution de la troisième République. Plus le temps avance et plus je pense à la phrase d’ouverture de l’allocution du général de Gaulle, prononcée le 25 avril 1969, deux jours avant le référendum qui allait précipiter son départ et sceller son mandat présidentiel : « Françaises, Français, vous, à qui si souvent j&#8217;ai parlé pour la France, sachez que votre réponse dimanche va engager son destin. Parce que d&#8217;abord, il s&#8217;agit d&#8217;apporter à la structure de notre pays un changement très considérable », ainsi parla De Gaulle et ainsi me semble murmurer le président Kaïs Saïed, pour lui-même, en aparté, avant de prononcer sa propre allocution à l’occasion du référendum annoncé.</p>
<p>De son côté et à la lumière des commentaires et des avis entendus par-ci par-là, le citoyen tunisien me paraît déjà essayer de se régler au chronomètre et au tensiomètre d’une allocution de ce genre, tellement sera grave sa réponse finale à la question du référendum, dans les deux principaux sens de l’adjectif grave, celui « de grande importance » et « de fâcheuses conséquences ». En effet, sa réponse, ce jour-là, engagera son destin soit vers une sortie de crise expressément et rapidement souhaitée, soit vers un nouveau tunnel à l’issue incertaine et à effet frustrant. Le plus délicat dans la situation, c’est que les débats politiques, nettement marqués par une dualité inconciliable, ne l’aident pas assez à faire la juste part des choses entre deux thèses apparemment contradictoires, mais pleinement cadrées dans des limites idéologiques aliénantes et manipulatrices.</p>
<p>D’un côté on défend la démocratie en la définissant comme nécessairement fondée sur le pluralisme politique. Telle a été la tradition et telle elle restera, entend-on à tout bout de champ. Mais le citoyen tunisien a désespéré de cette démocratie ainsi définie et toujours brandie comme un prétexte pour ceux qui, à la fin, en profitent et font ce qu’ils veulent, conduisant ainsi le pays vers le désastre le plus terrible. Tel est le cas de ceux qui ont gouverné au nom de la démocratie « gagnée », de 2011 à 2021, sans d’ailleurs une imputation sérieuse et effective, autrement que par un dénigrement discursif. Des propos dans le vent !</p>
<p>De l’autre côté, on appelle à l’état d’exception pour une opération dite de « nettoyage » et de sauvetage, par une mise en marche sur la voie de la « droiture », même si elle paraît peu conforme à la voix du droit. Ce n’est que provisoire et ça viendra, répondrait-on à une telle objection !</p>
<p>La polémique tourne alors autour de deux inconciliables se rapportant à la nouvelle constitution telle que conduite jusqu’à son élaboration : d’un côté, les « démocrates » disent ne pas la concevoir sans le pluralisme partisan, quels qu’en soient les défauts et les défaillances ; de l’autre, on la voit possible à partir d’une réflexion conduite par des spécialistes et soumise à la volonté populaire dans un vote référendaire.</p>
<p>C’est l’occasion peut-être de se souvenir que l’option d’une nouvelle constitution, en 2011, a été imposée par ceux qui, aujourd’hui, n’ont rien d’autre à afficher que leurs échecs respectifs devant la situation dramatique du pays. Il y avait pourtant une autre voie possible, celle qui suggérait la réactualisation et « l’assainissement » de la constitution de 1959, pour soumettre le résultat de cette révision au vote populaire et permettre au pays de continuer l’entreprise du développement, sans tous les dérapages qui s’étaient installés très vite en 2011, générant les dysfonctionnements les plus inhibiteurs et les plus destructeurs qu’un État moderne puisse connaître ! C’est pour cela que plusieurs citoyens, de plus en plus nombreux, commencent à se convaincre par l’idée, partagée avec l’UGTT, qu’il faut attendre le texte, annoncé pour le 30 juin, pour se positionner et se prononcer à partir de son contenu effectif, et non celui fuité à plusieurs occasions. Ceux-ci disent refuser tout simplement l’opposition de principe, une opposition pour l’opposition, dont on devine bien les dessous politico-politiques.</p>
<p>Voilà où en est la Tunisie, onze ans et demi après un événement où elle croyait voir son salut ! Attendons voir la suite des événements car, malheureusement, à ce rythme et avec un tel état d’esprit, on ne sera peut-être pas bientôt sorti de l’auberge.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Roman  : &#8220;En pays assoiffé, d&#8217;Emna Belhaj Yahia. Par Afifa Chaouachi Marzouki</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mansour Mhenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Oct 2021 11:36:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Pensées]]></category>
		<category><![CDATA[attentat]]></category>
		<category><![CDATA[doute]]></category>
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		<category><![CDATA[roman]]></category>
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					<description><![CDATA[Publié à Tunis, en 2021 aux éditions Déméter et parallèlement aux éditions des femmes Antoinette Fouque, en juin 2021, ce dernier roman de Emna Belhaj Yahia se situe dans le prolongement direct de l’essai Questions à mon pays, publié en 2014 et dont il semble être la version et l’illustration romanesque puisque l’auteur y continue [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Publié à Tunis, en 2021 aux éditions Déméter et parallèlement aux éditions des femmes Antoinette Fouque, en juin 2021, ce dernier roman de Emna Belhaj Yahia se situe dans le prolongement direct de l’essai <em>Questions à mon pays, </em>publié en 2014 et dont il semble être la version et l’illustration romanesque puisque l’auteur y continue à interroger son pays mais, cette fois, à travers les mises en scène et les artifices de la narration.</p>
<p>Dans cette fiction, le roman « remonte et redescend l’échelle du temps » pour tenter de « suivre attentivement le tumulte d’une histoire qui s’étale sur un siècle » et dont il hésite à « saisir le sens » (Epilogue). Cette histoire est celle d’un pays et de ses citoyens, projetée entre jadis et naguère, hier et aujourd’hui, redéployée entre la douce nostalgie et la frayeur du doute et exprimée dans la pudeur de l’expression et la délicatesse des émotions. La Tunisie dont il s’agit, est celle des euphories de l’ère postcoloniale<strong>, </strong>du soleil de l’indépendance mais aussi celle des premières peurs et du crépuscule des espoirs suscités par l’évolution de l’Histoire et de la société. Le roman évoque, en effet, le confort d’un temps révolu, les souvenirs festifs du cocon familial autrefois solidement structuré, les jeux de l’enfance, ses odeurs, ses goûts, l’école, ses instituteurs, ses comptines, ses refrains, le certificat d’études et ses exaltations, les camarades de classe et « le lycée où les attendent des professeurs qui sont leurs fenêtres sur le monde »(p.81), le bac et ses larges horizons et toute l’énergie d’un quotidien soudainement transmué par la venue au grand jour de silhouettes et de vitalités libérées du voile par le leader dans l’enthousiasme de l’indépendance et d’un désir fort de renouveau.</p>
<p>« Car ses camarades et [Nojoum] étaient des pionnières. Elles ont levé les tabous qui pesaient sur leur chevelure, leur sourire, leur circulation dans la rue, cassé l’habitude de la préparation au mariage dès les plus jeunes années » (p.158) Tout cela est narré sans idyllisme aucun mais dans la délicatesse et avec le souci de restituer un air du temps et toute la charge d’espoir qu’il avait suscité alors.</p>
<p>Et puis, au fil du temps, le paysage évolue et les images de la ville aussi, laissant voir plutôt « la télé qui ronronne », « les journaux qui déblatèrent » (p.69), la dégradation du quotidien, l’ouvrier qui bâcle son travail, le citoyen qui jette ses ordures sur la chaussée, l’automobiliste qui se gare là où cela est interdit et toute la vie de pacotille dont se gave le crétinisme populaire ou la vanité bourgeoise se profilant derrière un «  état de déréliction d’un pays commandé par un dictateur au cheveu teint et rétréci par une mise au pas intégriste des esprits ». C’est dans ce contexte que se situent  l’arrogante insulte de Kamilia sur le mur du collège, les dérives et le naufrage de Saghroun, son protégé, «  proie de la colle et du cirage » (p.65), les massacres de Sandi habité par le chacal qui aurait dévoré sa petite cousine, terreur de l’enfance régénérée plus tard dans l’extrémisme religieux et la violence exutoire.</p>
<p>Sous le choc de l’attentat du musée, Nojoum « ferme les yeux, maudit ceux qui ont fait de sa douce capitale un labyrinthe où l’on massacre le passé et l’avenir, maudit Sandi’mech, ceux qui l’ont armé et ceux qui ont mis le feu dans son regard. » (p.94) Non le départ du dictateur n’a pas été une renaissance et Nojoum, en proie en questionnements, se livre à une méditation sur le pays, ses ratés et ses faux espoirs :</p>
<p>« Se débarrasser d’un fardeau, c’est se voir pousser des ailes. Elle avait alors estimé que les ailes servaient à quitter la cage, et qu’elle devait apprendre à les utiliser. La même idée  a dû en animer plus d’un, tous ceux que le passage de l’état de pierre à celui d’oiseau ailé avait ébahis. Or, déployer ses ailes et recevoir un grand coup avant même de s’être élevé dans les airs, être blessé alors qu’on a à peine commencé à voler, et avant même qu’on ait bien réglé sa machine volante, c’est sombrer dans le néant. Du malheur de la pierre à celui de l’oiseau qui chute, le chemin n’aura pas été bien long. Le massacre organisé par Sandi le lui aura fait parcourir en un temps record. » (p.122)</p>
<p>Mais « dans ce pays de toutes les soifs, où le chemin est perdu du puits qui peut les étancher » (p.53), l’espoir reste permis. Les trois générations présentes dans la fiction sont là pour le signifier, la petite fille et la grand-mère, le témoignage direct sur un vécu et la relève passée à la jeunesse héritière d’un temps révolu mais actrice de l’avenir et à qui on fait découvrir les lieux et les vies d’une époque évanouie, comme par devoir de mémoire et de culture, comme une dette pour garder la trace et préserver la chaîne vitale de la transmission.</p>
<p>Comment on devient un monstre, pourquoi mourir, ces grandes questions de Yasmine et que tente de poser le roman sans chercher nécessairement à y répondre, pourraient, dans les mailles du récit-même «  trouver des éléments de réponse imprévus » (p.180) car   « Entre les pathologies du cœur et celles du cerveau, les dysfonctionnements économiques, l’incurie, l’effondrement de l’école, l’ignorance galopante et le djihadisme conquérant, la personne de Sand’mech se dissout, se désagrège. » (p.151)</p>
<p>On aura remarqué qu’à la sortie de l’équilibre rassurant et rêveur de l’enfance, le personnage principal du roman est confronté, dans l’amertume, abstraction faite de la parenthèse euphorique des journées révolutionnaires, à la réalité de la violence sociétale : violence contre soi concrétisée dans l’addiction de la jeunesse à la drogue et violence contre l’autre incarnée dans la folie du meurtre. Il ne lui reste plus que les petits bonheurs du cocon familial et les espoirs qu’il apporte dans la vitalité d’une nouvelle génération, promesse d’un avenir plus éclairé et peut-être apaisé.</p>
<p>Si l’écriture « cherche plutôt à suivre le fil qui rattache les choses les unes aux autres » (p.9), privilégie le tâtonnement et la prudence de l’interrogation permanente, c’est qu’elle y puise la rigueur de l’observation, la relativité de la pensée et la sagesse équilibrante de l’appréhension. Adulte, l’enfant qu’était Yasmine  «  ne semble plus se demander comment on devient un monstre, mais comment on sauve les fragilités essentielles » (p .183) et c’est la leçon que la vie et la sérénité auront apprise à l’auteur-narrateur, mais aussi l’humilité du point de vue, une leçon centrée sur l’action et tournée vers l’avenir. Car « sauver les fragilités essentielles », relève de la prévention attentive et de l’amour,  il s’agit d’aller en amont de l’événement avant qu’il ne dégénère en drame, d’aller toujours de l’avant sans négliger les nœuds personnels, nids de tous les dévoiements : la littérature n’est-elle pas vouée aussi à jouer un rôle dans l élaboration des balises et l’ouverture des voies comme celle des yeux de Nojoum dans le roman, et cela à travers un dialogue permanent avec soi autour d’une histoire proposée à l’écoute ou à la lecture ?</p>
<p>&nbsp;</p>
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