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	<title>Naccache &#8211; Questions et Concepts d’Avenir</title>
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	<title>Naccache &#8211; Questions et Concepts d’Avenir</title>
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		<title>Lecture : &#8220;Il pleut des avions&#8221; de Gilbert Naccache. Par Arselène Ben Farhat</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mansour Mhenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Dec 2020 13:07:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
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					<description><![CDATA[L’une des dernières magnifiques œuvres de Gilbert Naccache, &#8220;Il pleut des avions&#8221; (Chama éditions, 2016, 318 pages) s’inscrit dans un genre littéraire bien particulier : le « roman de témoignage ». Œuvre paradoxale : « Le témoignage » suppose que les faits narrés sont vrais. A l’inverse, « le roman » se réfère à une aventure inventée, à une histoire imaginaire. C’est [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’une des dernières magnifiques œuvres de Gilbert Naccache, &#8220;Il pleut des avions&#8221; (Chama éditions, 2016, 318 pages) s’inscrit dans un genre littéraire bien particulier : le « roman de témoignage ». Œuvre paradoxale : « Le témoignage » suppose que les faits narrés sont vrais. A l’inverse, « le roman » se réfère à une aventure inventée, à une histoire imaginaire. C’est justement cette dualité qui a intéressé Gilbert Naccache : le témoignage lui a permis de retrouver le passé, de reconstituer le réel dans sa complexité, sa banalité et son opacité alors que le romanesque a permis à Gilbert Naccache de se libérer de ce réel et du temps révolu et de s’imposer comme un penseur et un visionnaire.</p>
<p>Dans &#8220;Il pleut des avions&#8221;, le héros Jo a vécu un drame. Il a perdu son père au cours d’un bombardement allié à la Marsa le 10 mars 1943 après midi. Pendant dix minutes, 90 avions ont détruit une partie de la ville et les rêves d’un enfant. C’est la mère qui devient le chef de famille et qui va gérer les affaires. Le parcours de l’enfant est clair : étude en Tunisie et à Paris, lutte pour réussir, s’émanciper et s’épanouir. Cependant, il est obsédé par un même cauchemar : des avions qui tombent du ciel et qui détruisent tout.</p>
<p>Il est donc clair que dans &#8220;Il pleut des avions&#8221; coexistent le fictionnel, l’autobiographique et la chronique. A travers des personnages bien ancrés dans l’histoire et en se référant à ses riches souvenirs, l’auteur nous fait découvrir la Tunisie des années 1940-1960 et nous dévoile la douloureuse naissance d’une nation, ses difficultés, ses révoltes et ses multiples métamorphoses.</p>
<p>Gilbert Naccache apparait ainsi, dans &#8220;Il pleut des avions&#8221;, comme un observateur attentif et un analyste méticuleux, mais ce témoin engagé n’arrive pas à garder ses distances envers l’univers qu’il décrit, ni à rester muet, indifférent. Sa voix de révolté permanent et de contestataire de l’ordre établi surgit et s’impose à travers les aventures narrées, les lieux et les discours des personnages.</p>
<p>La Tunisie pleure aujourd’hui votre disparition, Gilbert Naccache mais grâce à vous, il pleuvra bientôt sur la Tunisie non pas des avions mais une pluie porteuse de rêves et de richesses.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Adieu Gilbert, adieu Papi&#8230; Ça a été bon de te connaître.  Par Slim Naccache.&#8221;</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mansour Mhenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Dec 2020 22:18:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoires]]></category>
		<category><![CDATA[connaître]]></category>
		<category><![CDATA[décès]]></category>
		<category><![CDATA[hommage]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
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					<description><![CDATA[Le jour du décès de Gilbert Naccache, ce 26 décembre 2020, son fils Slim lui rend un vibrant hommage par ce texte: &#8220;Il y a quelques années Gilbert Naccache riait de la fausse nouvelle de son décès. Il disait &#8220;Il me reste quelques coups à boire avec des amis&#8221;. Mon père a bu son dernier [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div dir="auto"><em><strong>Le jour du décès de Gilbert Naccache, ce 26 décembre 2020, son fils Slim lui rend un vibrant hommage par ce texte:</strong></em></div>
<div dir="auto">&#8220;Il y a quelques années Gilbert Naccache riait de la fausse nouvelle de son décès. Il disait &#8220;Il me reste quelques coups à boire avec des amis&#8221;.</div>
<div dir="auto">Mon père a bu son dernier coup le cinq décembre deux mille vingt à 17h, après les funérailles de sa sœur. Il était assis à mes côtés et nous avons trinqué ensemble.</div>
<div dir="auto">Aujourd&#8217;hui mon père est mort.</div>
<div dir="auto">Gilbert Naccache s&#8217;est battu malgré son hémorragie cérébrale, jusqu&#8217;au bout. Il souriait quand on lui mettait le téléphone à l&#8217;oreille et qu&#8217;un de ses amis lui parlait. Je me plais à croire que, accompagné par l&#8217;excellent personnel du service neuro-vasculaire de la pitié salpêtrière, ses derniers moments étaient doux, qu&#8217;il s&#8217;endormait en laissant derrière lui une vie douloureuse.</div>
<div dir="auto">Mon père m&#8217;a eu tard. Enfant, j&#8217;avais fait le calcul et il me paraissait improbable qu&#8217;il vive pour me voir atteindre mes trente ans. Je suis un pessimiste et, pour mon malheur, je suis un pessimiste qui a souvent raison.</div>
<div dir="auto">Nous avons souvent été en conflits lui et moi. J&#8217;étais un enfant furieux contre le monde et, comme pour tous les enfants, je voyais mon père comme le monde. Mais il y a quelques mois nous nous étions enfin réconciliés pleinement.</div>
<div dir="auto">Mon père est mort et tout est pire maintenant. Parce que je n&#8217;aurai jamais un père qui me verra jouer Caligula, qui me verra écrire cette adaptation pour le théâtre de &#8220;Ningen Shikkaku&#8221; d&#8217;Osamu Dazai. Je n&#8217;aurai jamais un père qui pourra se relaxer dans une paisible retraite à laquelle je pourrais aspirer à mon tour.</div>
<div dir="auto">Mon père n&#8217;a jamais voulu de retraite, il a voulu continuer à se battre contre le monde. Gilbert Naccache a porté sur ses épaules une charge inhumaine parce qu&#8217;il avait le sens des responsabilités, parce qu&#8217;il espérait laisser un monde meilleur un peu meilleur en partant qu&#8217;en arrivant.</div>
<div dir="auto">Gilbert Naccache n&#8217;a jamais cédé à la haine. Il ne voulait pas haïr ses tortionnaires, il ne voulait pas haïr Bourguiba et il ne voulait pas haïr ses ennemis.</div>
<div dir="auto">Quant il a été honteusement calomnié par un lâche qui a attendu d&#8217;être mort pour publier des mémoires minables, il a choisi de simplement nier et de ne rien dire de plus car il ne voulait pas attaquer l&#8217;honneur d&#8217;un fantôme.</div>
<div dir="auto">Quand lui et son fils ont subi violemment l&#8217;antisémitisme d&#8217;idiots qui, sous couvert de haine d&#8217;Israël, se sont attaqués au premier juif qu&#8217;ils connaissaient, sans même savoir que ce juif était antisioniste, il n&#8217;a pas voulu porter plainte.</div>
<div dir="auto">Je n&#8217;ai pas ce trait de caractère. Quand on me fait mal j&#8217;ai envie de rendre au centuple. Je ne crois pas à &#8220;œil pour œil, dent pour dent&#8221;, mes convictions me poussent à pardonner, mes instincts me disent &#8220;La vie pour un œil, le sang pour une dent&#8221;. Je m&#8217;accroche à mes rancunes comme si elles définissaient mon identité Je lui ressemblerai peut-être plus avec les années.</div>
<div dir="auto">S&#8217;il y a une leçon à tirer de la vie de mon père c&#8217;est qu&#8217;il ne faut jamais tourner le dos à ses responsabilités, qu&#8217;il faut persévérer et ne pas céder aux pulsions faciles de haine. Mais que, contrairement à lui, il faut savoir se reposer.</div>
<div dir="auto">Si vous vous demandez ce qui a tué mon père, je répondrai une phrase que je tire d&#8217;un livre qui m&#8217;a marqué étant enfant : Il y a deux réponses, celle du poète et celle du savant.</div>
<div dir="auto">Le savant vous dira que mon père est mort en raison des vaisseaux fragilisés de son cerveau qui ont causé une hémorragie cérébrale dans la zone opposée à celle de son accident vasculaire cérébral de 2002.</div>
<div dir="auto">Le poète vous dira que mon père est mort des années de torture et de déshumanisation dans les prisons d&#8217;un régime qui ne savait exister que par la brutalité, qu&#8217;il est mort de l&#8217;antisémitisme, qu&#8217;il est mort d&#8217;avoir mené une bataille ininterrompue contre les forces de la bêtise, de l&#8217;ignorance et de la violence.</div>
<div dir="auto">Qu&#8217;il est mort d&#8217;avoir voulu mener cette bataille avec didactisme et bienveillance. Qu&#8217;il est mort d&#8217;avoir veillé sur ses sœurs et son fils et qu&#8217;après avoir finalement permis à sa sœur de nous quitter et avoir constaté que son fils était capable de vivre, il a soufflé et toutes ses blessures se sont rouvertes.</div>
<div dir="auto">Je veux remercier chacune des personnes qui ont témoigné leur soutien, en particulier celles et ceux qui lui ont parlé par téléphone alors qu&#8217;il était allongé. Je peux vous jurer que ses derniers jours ont été joyeux grâce à vous.</div>
<div dir="auto">La mort de mon père, comme chaque mort depuis le jour où un groupes d&#8217;acides aminés ont eu la bêtise de former la première cellule, appauvrit le monde. Le corbeau a murmuré son &#8220;Jamais plus&#8221;, mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus ! Disait Edgar Allan Poe traduit par Baudelaire.</div>
<div dir="auto">Mais le monde ne s&#8217;arrête pas. Cette machine qui broie les humains, les force à se conformer ou à être brisés, récompense ceux qui restent à leur place, cette machine continue de tourner. La démanteler nécessitera encore le trépas de bien des générations. Reconnaissez nos vrais ennemis, ceux qui veulent vous diviser, ceux qui profitent tour à tour de notre docilité et de nos conflits et ne reculez plus jamais devant eux.</div>
<div dir="auto">En 2009, mon auteur préféré est décédé et j&#8217;étais au fond du trou. Pour un homme que je n&#8217;avais vu qu&#8217;une fois. Je sais que ma douleur ne pouvait approcher celle de sa famille et de ses proches mais ma douleur était réelle, parce que même si je ne le connaissais pas, je connaissais sa plume, je connaissais, à défaut d&#8217;un meilleur terme, une âme. Pas la sienne, mais peut-être l&#8217;une des siennes.</div>
<div dir="auto">Un dernier livre de mon père sortira, ce sera son testament, malgré lui. Votre douleur n&#8217;est pas la mienne, ni celle de ma mère ou de ma tante, ni celle de ses camarades de lutte et amis, votre deuil est celui d&#8217;un homme que vous avez connu par son esprit, sa raison et ses écrits.</div>
<div dir="auto">Connaissez-le ainsi. C&#8217;est ce qu&#8217;il laisse au monde.</div>
<div dir="auto">
<div dir="auto">Adieu Gilbert, adieu Papi. Je ne t&#8217;ai jamais appelé &#8220;papa&#8221; parce que, même enfant, je trouvais ça puéril. Je ne vais pas commencer maintenant, j&#8217;ai hérité de ton caractère borné.</div>
<div dir="auto">Ça a été bon de te connaître.</div>
<div dir="auto">Slim Naccache.&#8221;</div>
</div>
<div dir="auto"></div>
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